đź’¸ Chers boomers

La France s’est muĂ©e en une gĂ©rontocratie au service d’une gĂ©nĂ©ration particulière : celle des boomers.

Les actifs du pays s’appauvrissent pour prĂ©server les rentes d’une gĂ©nĂ©ration qui concentre dĂ©jĂ  60% du patrimoine national et qui installe une sociĂ©tĂ© d’hĂ©ritiers rentiers. La promesse d’Ă©quitĂ© rĂ©publicaine n’est plus tenue et le personnel politique refuse de voir le problème. Il est temps de rééquilibrer l’effort entre les gĂ©nĂ©rations. Ce site est lĂ  pour vous faire gagner du temps : pour vous aider convaincre vos proches qui n’ont pas les chiffres en tĂŞte, pour rĂ©pondre aux boomers qui ressassent toujours les mĂŞmes arguments, et pour donner des pistes de rĂ©forme.

Qui sont les boomers ?

Une génération qui a connu une croissance économique exceptionnelle

Le terme « boomers » dĂ©signe les gĂ©nĂ©rations nĂ©es pendant le baby-boom, gĂ©nĂ©ralement dĂ©limitĂ©es en France entre 1946 et 1964. Cette appellation n’est pas une catĂ©gorie statistique officielle de l’Insee, mais cette dĂ©finition est couramment utilisĂ©e dans les travaux dĂ©mographiques et les comparaisons entre gĂ©nĂ©rations. L’Insee utilise elle-mĂŞme la pĂ©riode 1946-1964 pour identifier la gĂ©nĂ©ration du baby-boom. Cette gĂ©nĂ©ration est issue d’une pĂ©riode de natalitĂ© exceptionnellement Ă©levĂ©e qui a suivi la Seconde Guerre mondiale.

Elle a grandi et commencĂ© sa vie adulte pendant une pĂ©riode de forte croissance Ă©conomique. Entre 1949 et 1974, le PIB français a progressĂ© en moyenne de 5,3 % par an en volume, avant de ralentir nettement après le premier choc pĂ©trolier. Ă€ titre de comparaison, la croissance moyenne n’a Ă©tĂ© que de 2,2 % par an entre 1974 et 2007. Dans les annĂ©es 1960, le pouvoir d’achat des mĂ©nages progressait encore de 4,4 % par an en moyenne par unitĂ© de consommation1.

Les boomers reprĂ©sentent environ 22 % de la population française en 2026, soit 15,4 millions de personnes2, une proportion en forte hausse depuis les annĂ©es 2000 sous l’effet notamment de l’arrivĂ©e des gĂ©nĂ©rations nombreuses du baby-boom aux âges Ă©levĂ©s.

Une génération qui a connu un marché du travail en pleine croissance

La génération des boomers a fait son entrée sur le marché du travail dans une période de forte croissance et de quasi-plein-emploi.
Ă€ la fin des annĂ©es 1960 et au dĂ©but des annĂ©es 1970, le taux de chĂ´mage au sens du Bureau international du travail (BIT) se situait autour de 2 Ă  3%34, ce qui correspond au « plein emploi » technique. La croissance du PIB dĂ©passait parallèlement rĂ©gulièrement 5% par an. Cette situation s’est dĂ©gradĂ©e continuellement après le premier choc pĂ©trolier : au deuxième trimestre 2026, le taux de chĂ´mage Ă©tait Ă  8,3% soit plus de trois fois le niveau observĂ© au dĂ©but des annĂ©es 19705.

Le marchĂ© du travail Ă©tait Ă©galement beaucoup moins marquĂ© par les contrats temporaires qu’il ne l’est aujourd’hui. En 1970, le CDD n’existait pas encore ; le CDI Ă©tait le contrat de rĂ©fĂ©rence.
Le CDD dans sa forme juridique actuelle n’a Ă©tĂ© encadrĂ© qu’Ă  partir de 1979, tandis que l’intĂ©rim a Ă©tĂ© juridiquement encadrĂ© Ă  partir de 1972. Cette sĂ©curitĂ© matĂ©rielle procurĂ©e par le premier emploi, la gĂ©nĂ©rations actuelles ne la connaissent plus. Les formes particulières d’emploi se sont depuis fortement dĂ©veloppĂ©es : en 1983, les CDD et l’intĂ©rim reprĂ©sentaient seulement 3,4 % de l’ensemble des emplois. Cette proportion a progressivement augmentĂ© pour atteindre 9,4% en 20256. La part des emplois Ă  durĂ©e limitĂ©e a ainsi Ă©tĂ© presque multipliĂ©e par trois depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980.7. Aujourd’hui, les CDD reprĂ©sentent environ 85 % des embauches dans le champ suivi par la Dares8(mĂŞme si le CDI reste largement majoritaire dans le stock d’emplois salariĂ©s).

Les salaires progressaient eux aussi Ă  un rythme exceptionnellement Ă©levĂ©. Entre 1951 et 1973, le pouvoir d’achat du salaire net annuel moyen a progressĂ© de 4,7 % par an en moyenne9. Dans les seules annĂ©es 1968-1973, il progressait encore de 3,7 % Ă  5,6 % par an selon les annĂ©es. Ă€ titre de comparaison, depuis 2000, les Ă©volutions annuelles sont gĂ©nĂ©ralement infĂ©rieures Ă  2 %, avec plusieurs annĂ©es de baisse10. Pour les gĂ©nĂ©rations entrĂ©es rĂ©cemment sur le marchĂ© du travail, la progression rĂ©elle des salaires est donc sans commune mesure avec celle qu’ont connue les premières gĂ©nĂ©rations de boomers.

Cette pĂ©riode a Ă©galement Ă©tĂ© marquĂ©e par une forte mobilitĂ© sociale ascendante : beaucoup d’enfants ont pu occuper une position sociale supĂ©rieure Ă  celle de leur parents.
La transformation de l’économie vers les activités de services, la progression de l’emploi qualifié et la démocratisation de l’enseignement ont profondément modifié la structure sociale. Pour les générations nées dans les années 1940, plus de 20% avaient ainsi un père agriculteur. Vingt ans plus tard, cette proportion était tombée à 9%, tandis que la part des enfants de cadres ou de professions intermédiaires était passée de 13% à 19%11.

Une génération pour laquelle le marché immobilier était grand ouvert

Dans les annĂ©es 1970 et 1980, le foncier Ă©tait abondant et bon marchĂ© : il suffisait en moyenne de trois Ă  quatre annĂ©es de revenu disponible brut pour acquĂ©rir un logement familial de bonne taille. Aujourd’hui, il faut compter environ 8 Ă  10 annĂ©es de revenus en moyenne nationale, et souvent entre 15 et 20 ans dans les grandes mĂ©tropoles (ĂŽle-de-France, rĂ©gion lyonnaise, arc mĂ©diterranĂ©en)12.

Entre 1965 et 2000, le ratio entre le prix des logements et le revenu des mĂ©nages est restĂ© remarquablement stable. C’est ce qu’on appelle le « tunnel de Friggit », du nom de Jacques Friggit dont les travaux ont mis en exergue ce phĂ©nomène13. Après l’an 2000, les prix de l’immobilier ont complètement dĂ©crochĂ© des revenus, augmentant en moyenne 3 Ă  4 fois plus vite que les salaires moyens14.

Une forte inflation, accompagnĂ©e d’une forte progression des salaires, jouait aussi en faveur des boomers au moment de faire un emprunt immobilier. Dans les annĂ©es 1970, de nombreux salaires Ă©taient indexĂ©s sur l’inflation par des clauses prĂ©vues dans les conventions collectives ou les accords d’entreprise : c’est ce qu’on appelle l’Ă©chelle mobile des salaires. Le mĂ©canisme a progressivement disparu au dĂ©but des annĂ©es 198015. Pour un mĂ©nage ayant souscrit un crĂ©dit immobilier Ă  taux fixe, c’Ă©tait une situation parfaite : lorsque son salaire augmentait avec les prix, ses mensualitĂ©s, elles, restaient inchangĂ©es. Avec une inflation Ă©levĂ©e, le poids rĂ©el de la dette diminuait donc sans effort au fil des annĂ©es.

Une génération sans fardeau financier vis-à-vis de ses aînés

C’est le privilège le plus invisible mais le plus dĂ©terminant de cette gĂ©nĂ©ration : les boomers ont eu Ă  supporter un poids Ă©conomique très relatif de leurs aĂ®nĂ©s. La gĂ©nĂ©ration qui les prĂ©cĂ©dait Ă©tait moins nombreuse et bĂ©nĂ©ficiait d’une espĂ©rance de vie beaucoup plus courte. Elle partait Ă©galement Ă  la retraite plus tard : l’âge lĂ©gal Ă©tait fixĂ© Ă  65 ans jusqu’en 198216.

Jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 2000, le rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de retraitĂ©s Ă©tait très favorable. Il Ă©tait de 5 cotisants pour un retraitĂ© au sortir de la guerre, autant dire que c’était indolore pour les actifs. Au fil du temps ce rapport s’est complètement inversĂ© : il y a beaucoup plus de retraitĂ©s, qui partent plus tĂ´t Ă  la retraite, et qui vivent plus longtemps. Selon le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites paru en septembre 2022, le ratio Ă©tait passĂ© Ă  1,7 cotisant par retraitĂ©17. En 2025 il n’Ă©tait plus que de 1,40. Plus on avance dans le temps, plus le financement des retraites pèse sur les gĂ©nĂ©rations nouvelles, car il repose sur un nombre de plus en plus rĂ©duit d’actifs pour chaque retraitĂ©.

Comment les boomers bloquent le pays

Les boomers ont rĂ©alisĂ© au fil du temps un hold-up patrimonial et social. La concentration inĂ©dite des richesses entre les mains des plus de 60 ans a profondĂ©ment transformĂ© le pays, en faisant de plus en plus reposer la prospĂ©ritĂ© sur la dĂ©tention d’un patrimoine accumulĂ© au cours des dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes. BloquĂ©e par un mur immobilier devenu difficilement franchissable, prĂ©carisĂ©e par un marchĂ© du travail Ă  deux vitesses et court-circuitĂ©e par un hĂ©ritage qui arrive beaucoup trop tard, la jeunesse se retrouve captive d’un système qui a progressivement dĂ©branchĂ© l’ascenseur social au profit d’une reproduction accrue des positions sociales.

Les retraites étouffent tous les autres postes budgétaires

Avec près de 370 milliards d’euros versĂ©s chaque annĂ©e, les retraites reprĂ©sentent Ă  elles seules plus d’un cinquième de l’ensemble des dĂ©penses publiques françaises. C’est de très loin le premier poste de dĂ©pense pris individuellement, devant la santĂ©, l’Ă©ducation ou la dĂ©fense.

Cette hypertrophie budgĂ©taire ne rĂ©sulte pas d’une gestion Ă©quilibrĂ©e, mais d’une promesse politique intenable faite Ă  une cohorte dĂ©mographique hors norme. Les retraites sont le premier poste de dĂ©pense de la protection sociale, de très loin devant l’Éducation nationale (environ 5,2% du PIB) ou l’Enseignement supĂ©rieur et la recherche (Ă  peine plus de 2%)18. Ce fardeau ne cesse de s’alourdir, captant une part toujours plus dĂ©mesurĂ©e de la richesse produite par le pays, et transformant un système de solidaritĂ© pensĂ© pour protĂ©ger de la pauvretĂ© en une gigantesque machine d’aspiration des finances publiques.

En 2024, les dĂ©penses de retraite ont ainsi augmentĂ© de 6,2%, soit 23 milliards d’euros supplĂ©mentaires en une seule annĂ©e. Elles ont constituĂ© le principal facteur de hausse des dĂ©penses de protection sociale.

Le 1er janvier 2024, les pensions de retraite de base ont Ă©tĂ© revalorisĂ©es de 5,3% pour suivre l’inflation. Cette seule hausse s’est traduite par une augmentation pĂ©renne des dĂ©penses publiques de près de 15 milliards d’euros par an19. Avec un budget colossal de plus de 330 milliards d’euros, chaque point de revalorisation automatique reprĂ©sente en effet des milliards d’euros de dĂ©penses supplĂ©mentaires qui s’ajoutent Ă  la dette sans crĂ©ation de valeur pour le pays.

On estime que 1% de revalorisation des pensions de retraite de base coĂ»te environ 3,5 Ă  4 milliards d’euros supplĂ©mentaires par an aux finances publiques20. Pour donner un ordre de grandeur, le budget du ministère de la Transition Ă©cologique reprĂ©sente 8 milliards d’euros par an, celui de la Justice 13 milliards21.

Cette mĂ©canique d’inflation continue prive les gouvernements successifs de toute vĂ©ritable marge de manĹ“uvre. Ă€ mesure que le coĂ»t des pensions augmente mĂ©caniquement avec le papy-boom et l’allongement de l’espĂ©rance de vie, le budget du pays se fige dans des dĂ©penses « contraintes ». Face aux crises gĂ©opolitiques qui renchĂ©rissent le coĂ»t de la vie, aux urgences climatiques qui nĂ©cessitent des investissements lourds, ou Ă  la nĂ©cessitĂ© de rĂ©industrialiser le pays, la puissance publique se dĂ©couvre paralysĂ©e, incapable de dĂ©gager des financements sans creuser davantage une dette publique dĂ©jĂ  abyssale (plus de 115% du PIB fin 202522). La dette sert Ă  financer davantage des dĂ©penses de fonctionnement que de l’investissement, et ce sont les actifs d’aujourd’hui qui doivent la rembourser par l’impĂ´t et la baisse de qualitĂ© des services publics.

Le problème n’est pas que les retraites constituent une dĂ©pense inutile : elles sont Ă©videmment au cĹ“ur du modèle social français. Le problème est leur poids relatif dans le budget. Chaque euro supplĂ©mentaire consacrĂ© Ă  une dĂ©pense qui progresse automatiquement est un euro qu’il faut financer ailleurs, par davantage de prĂ©lèvements, par des Ă©conomies sur d’autres politiques publiques ou par davantage de dette.

Le mur de la dĂ©pendance accentue massivement les tensions d’accès aux soins

Le coĂ»t exponentiel de la prise en charge du « grand âge Â» (EHPAD, soins) va bientĂ´t s’abattre sur les finances publiques et donc sur les impĂ´ts des actifs, alors que l’accès aux soins de base se dĂ©grade pour le reste de la population et que les dĂ©serts mĂ©dicaux s’Ă©tendent.

Selon les projections de la DREES et de l’INSEE, la France compterait près de 2,8 millions de seniors en perte d’autonomie d’ici 2050, soit 700 000 personnes de plus, ce qui reprĂ©sente une hausse de 36% en trente ans23. Pour absorber ce choc dĂ©mographique et maintenir le taux d’Ă©quipement actuel, il faudrait construire plus de 360 000 places d’EHPAD supplĂ©mentaires. Le financement de ce fardeau, gĂ©rĂ© notamment via la nouvelle 5ème branche de la SĂ©curitĂ© sociale, va mĂ©caniquement augmenter les impĂ´ts et les cotisations d’une population active dont la part se contracte.

La dĂ©pense de santĂ© augmente fortement avec l’âge : elle passe d’environ 3 500 € par an lorsque la personne la plus âgĂ©e du mĂ©nage a moins de 40 ans Ă  près de 12 000 € lorsqu’elle a 70 ans ou plus. Cette diffĂ©rence est largement prise en charge par la solidaritĂ© nationale, notamment par l’Assurance maladie obligatoire. Le vieillissement de la population entraĂ®ne donc mĂ©caniquement une hausse des dĂ©penses de santĂ© financĂ©es collectivement, alors mĂŞme que le financement de cette solidaritĂ© repose principalement sur les actifs. La Cour des Comptes rappelle en effet qu’en 2019 les jeunes de 20 Ă  39 ans consacraient en moyenne 39% de leurs revenus au financement de la protection sociale, contre seulement 25% pour les personnes de plus de 65 ans24.

Cette vague dĂ©mographique va frapper un système de santĂ© dĂ©jĂ  sous tension. Le nombre de lits d’hospitalisation complète a diminuĂ© d’environ 41 000 entre 2013 et 2024, pour atteindre 367 300 lits25. Cette Ă©volution s’explique en partie par le dĂ©veloppement de l’hospitalisation ambulatoire, mais elle s’accompagne aussi de tensions croissantes sur les capacitĂ©s hospitalières. Le dĂ©ficit des hĂ´pitaux publics a atteint près de 3 milliards d’euros en 2024 et la DREES constate une dĂ©gradation particulièrement forte des ressources gĂ©nĂ©rĂ©es par leur activitĂ©, qui retarde les investissements alors mĂŞme que les besoins de soins vont continuer Ă  augmenter. Le vieillissement ne pose donc pas seulement la question de savoir comment financer davantage de soins et de dĂ©pendance, il pose aussi celle de la capacitĂ© du système de santĂ© Ă  les fournir. La gĂ©nĂ©ration qui arrive au grand âge va avoir besoin de davantage de soins au moment mĂŞme oĂą les actifs doivent financer un système hospitalier dĂ©jĂ  confrontĂ© au manque de personnel, Ă  la pĂ©nurie de mĂ©decins et Ă  des capacitĂ©s contraintes.

Les boomers sont sur-représentés dans la multi-propriété

Dans les annĂ©es 70, il suffisait d’environ trois Ă  quatre annĂ©es de salaire moyen pour s’offrir un logement familial. Aujourd’hui il en faut entre 10 et 20 ans dans la plupart des grands bassins d’emplois, en particulier Paris26.

Les Trente Glorieuses et les dĂ©cennies suivantes ont permis Ă  une gĂ©nĂ©ration non seulement d’acquĂ©rir leur rĂ©sidence principale Ă  bas coĂ»t, mais aussi de multiplier les investissements locatifs et les rĂ©sidences secondaires. Le logement a ainsi glissĂ© de son statut de bien de première nĂ©cessitĂ© Ă  celui d’actif financier et de complĂ©ment de retraite.

La concentration du patrimoine immobilier est très forte : aujourd’hui en France, près d’un quart des mĂ©nages (24%) dĂ©tiennent Ă  eux seuls 68% des logements possĂ©dĂ©s par des particuliers.

C’est encore pire pour la location : 50% de tous les logements louĂ©s en France appartiennent Ă  une infime minoritĂ©, seulement 3,5 % des mĂ©nages : ce sont les « mĂ©ga-propriĂ©taires » qui possèdent 5 logements ou plus27.

Les boomers ont fait exploser le coût du logement

En accaparant une part dĂ©mesurĂ©e du parc immobilier, les boomers multi-propriĂ©taires rarĂ©fient l’offre, font flamber les prix d’achat et ferment purement et simplement la porte de l’accession aux jeunes mĂ©nages.

L’accumulation de l’immobilier est directement liĂ©e Ă  l’âge. Le taux de propriĂ©taires culmine chez les 60-69 ans (73,6% sont propriĂ©taires de leur rĂ©sidence principale, sans compter les rĂ©sidences secondaires). Ă€ l’inverse, la jeunesse est massivement exclue de la propriĂ©tĂ© : environ 80 % des moins de 30 ans sont locataires et subissent l’inflation des loyers. Pour un jeune actif dĂ©marrant dans la vie sans bĂ©nĂ©ficier d’un apport financier familial massif, devenir propriĂ©taire n’est plus une Ă©tape logique de la vie adulte, mais un mirage mathĂ©matiquement inaccessible.

En l’espace d’un demi-siècle, les prix de l’immobilier se sont totalement dĂ©connectĂ©s des revenus du travail rĂ©el. Le « taux d’effort Â», c’est-Ă -dire la part du revenu net consacrĂ©e au paiement du logement, s’est envolĂ©.

Pour les locataires du parc privĂ© (oĂą se concentrent les jeunes actifs), le logement engloutit en moyenne 28 % de leurs revenus, contre moins de 10 % pour les propriĂ©taires qui ont fini de rembourser leur crĂ©dit (majoritairement les retraitĂ©s)28. Pour les mĂ©nages locataires les plus modestes, ce taux dĂ©passe rĂ©gulièrement le tiers de leurs revenus29. Les jeunes travailleurs, maintenus captifs dans le marchĂ© de la location, sont ainsi contraints de verser chaque mois une part grandissante de leur salaire – souvent un tiers, voire la moitiĂ© de leurs revenus – Ă  des propriĂ©taires bailleurs majoritairement issus de la gĂ©nĂ©ration boomer. Ce mĂ©canisme agit comme un impĂ´t privĂ© invisible : le fruit du travail quotidien des jeunes gĂ©nĂ©rations finance directement le train de vie, les retraites complĂ©mentaires et le capital d’une gĂ©nĂ©ration dĂ©jĂ  assise sur un patrimoine confortable.

Entre 1984 et 2018, les loyers perçus ont été multipliés par 2,2 après inflation.

Les propriétaires bailleurs recevaient 23 milliards au milieu des années 1980, ils en retirent désormais plus de 50 milliards selon le ministère du Logement30. Rares sont ceux dont les revenus ont suivi une telle progression.

Le patrimoine est désormais bloqué en haut de la pyramide des âges

Conséquence de cette économie nationale tournée vers la rente : les plus de 60 ans détiennent plus de 60 % du patrimoine global en France.

Cette hyper-concentration n’est pas le fruit d’une Ă©pargne patiente et laborieuse, mais le rĂ©sultat direct d’un effet d’aubaine historique liĂ© Ă  l’inflation vertigineuse des actifs immobiliers au cours des quarante dernières annĂ©es. La richesse s’est simplement figĂ©e au sommet de la pyramide des âges et s’entretient d’elle-mĂŞme : la gĂ©nĂ©ration qui produit la valeur ajoutĂ©e aujourd’hui ne parvient plus Ă  accumuler du capital, tandis que celle qui dĂ©tient dĂ©jĂ  les actifs voit son patrimoine s’apprĂ©cier de manière passive.

En raison de l’allongement continu de l’espĂ©rance de vie, l’âge moyen auquel un individu hĂ©rite en France approche dĂ©sormais les 60 ans, c’est-Ă -dire presque Ă  l’âge du dĂ©part Ă  la retraite. Le capital est donc bloquĂ© durablement en haut de la pyramide des âges.

Le patrimoine circule beaucoup trop tard dans le cycle Ă©conomique : il est transmis Ă  des enfants qui sont eux-mĂŞmes Ă  l’aube de la retraite, et passe totalement au-dessus de la tĂŞte des 25-35 ans. Est ainsi sortie de l’équation la tranche d’âge qui a pourtant le besoin le plus vital d’un apport financier pour s’installer, se loger ou entreprendre. L’argument classique et rassurant, qui prĂ©tend que ce capital accumulĂ© finira naturellement par « ruisseler » vers les jeunes gĂ©nĂ©rations par le biais de l’hĂ©ritage, est donc aujourd’hui caduc. Le problème de la concentration des richesses ne va pas « disparaĂ®tre Â» avec les Boomers, il va au contraire se perpĂ©tuer et bloquer durablement la richesse vers le haut de la pyramide des âges.

La solidarité familiale se substitue à la solidarité nationale

Les inĂ©galitĂ©s de patrimoine façonnent une sociĂ©tĂ© française d’hĂ©ritiers, oĂą les destins Ă©voluent Ă  deux vitesses.

D’un cĂ´tĂ© les « insiders » bĂ©nĂ©ficiant de carrières linĂ©aires, jalousement protĂ©gĂ©es par des CDI robustes et des acquis sociaux sanctuarisĂ©s. De l’autre, des « outsiders » font face Ă  un sas de prĂ©caritĂ© devenu structurel oĂą s’enchaĂ®nent stages sous-payĂ©s, contrats courts (CDD, intĂ©rim) ou relĂ©gation vers des statuts de fausse indĂ©pendance (auto-entrepreneuriat, ubĂ©risation) qui n’offrent pas de sĂ©curitĂ© matĂ©rielle.

Si ce marchĂ© du travail dual perdure, c’est parce qu’il a Ă©tĂ© structurĂ© et rendu tolĂ©rable par une mĂ©canique souterraine : la solidaritĂ© intra-familiale des boomers les plus aisĂ©s.

Les parents dotĂ©s d’un solide patrimoine agissent en effet comme une banque et une agence de placement privĂ©es pour leur propre descendance. Ils fournissent l’appui financier indispensable pour survivre aux annĂ©es de stages non rĂ©munĂ©rĂ©s dans les grandes mĂ©tropoles, paient les Ă©coles privĂ©es coĂ»teuses, aident Ă  constituer le premier apport immobilier et activent leurs rĂ©seaux professionnels pour sĂ©curiser l’accès de leurs enfants Ă  la citadelle des « insiders ». Pour les jeunes actifs issus des classes moyennes ou populaires, dont les parents ne disposent ni du capital financier ni du rĂ©seau relationnel des Boomers, l’ascenseur social rĂ©publicain est dĂ©branchĂ©. Ils sont condamnĂ©s Ă  stagner dans la pĂ©riphĂ©rie du marchĂ© de l’emploi, incapables de prĂ©senter les garanties (CDI hors pĂ©riode d’essai, salaires Ă©levĂ©s) exigĂ©es par le système bancaire et le marchĂ© du logement. Le marchĂ© du travail est devenu une machine d’exclusion qui assure la reproduction hĂ©rĂ©ditaire des privilèges.

La France s’apprĂŞte Ă  connaĂ®tre le plus grand transfert de patrimoine que le pays ait jamais connu : les boomers vont laisser 9 000 milliards d’euros d’hĂ©ritage Ă  leurs enfants31. Cette « grande transmission » prĂ©sente un caractère extrĂŞmement inĂ©galitaire, Ă  l’heure oĂą 10% des mĂ©nages dĂ©tiennent 55% du patrimoine total des Français.

Elle va rétablir une société dans laquelle la fortune héritée sur-détermine la position sociale des individus, et où le poids des dynasties patrimoniales l’emporte sur les résultats de l’effort et du travail. Déjà en 2021, le Conseil d’analyse économique, un groupe d’experts auprès de Matignon, soulignait que la part de la fortune héritée dans le patrimoine total représente désormais 60%, contre 35% au début des années 197032.

L’offre politique est pensĂ©e sur mesure pour les boomers

En France, l’offre politique n’est plus dictĂ©e par la dĂ©mographie rĂ©elle du pays, mais par la sociologie des bureaux de vote. Les partis politiques agissent comme des entreprises Ă©lectorales rationnelles : ils vont chercher les voix lĂ  oĂą elles se trouvent. Or, le diffĂ©rentiel de participation entre les gĂ©nĂ©rations a totalement faussĂ© le marchĂ© politique. Selon les donnĂ©es de l’INSEE sur l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2022, près de 80 % des 65-74 ans ont votĂ© Ă  tous les tours, contre une abstention massive et structurelle chez les moins de 30 ans. ConsĂ©quence mathĂ©matique de cette fracture, analysĂ©e par des politologues comme JĂ©rĂ´me Fourquet (La France d’après) : l’âge mĂ©dian du votant rĂ©el (celui qui glisse effectivement un bulletin dans l’urne) s’est envolĂ©. Il dĂ©passe allègrement les 55 ans lors des scrutins nationaux et franchit rĂ©gulièrement le cap des 60 ans lors des Ă©lections municipales ou europĂ©ennes.

Face Ă  ce bloc monolithique qui fait et dĂ©fait les majoritĂ©s, les candidats n’ont d’autre choix que de calibrer l’intĂ©gralitĂ© de leurs discours pour sĂ©duire ce « vote gris », devenu le faiseur de rois absolu de la Vᵉ RĂ©publique, relĂ©guant les classes plus jeunes (et moins mobilisĂ©es) au second plan.

La reprĂ©sentation nationale est Ă  l’image de sa clientèle politique et dĂ©goĂ»te les jeunes du vote

L’AssemblĂ©e nationale et le SĂ©nat sont structurellement plus âgĂ©s que la population active.

L’âge moyen de la population active en France (les personnes en emploi ou au chĂ´mage) est de 40,5 ans. L’âge moyen des dĂ©putĂ©s tourne autour de 51 ans depuis les dernières Ă©lections (2022 et 2024), et celui des sĂ©nateurs est de 59 ans et 11 mois (suite aux Ă©lections sĂ©natoriales de septembre 2023). C’est près de 20 ans de plus que la population active. Les dĂ©cisions concernant l’avenir (climat, dette, numĂ©rique) sont donc prises par ceux qui ne seront plus lĂ  pour en subir les consĂ©quences Ă  long terme.

Constatant que les politiques publiques et les budgets de l’État ne rĂ©pondent jamais Ă  leurs urgences de vie, les jeunes gĂ©nĂ©rations perdent foi dans le système et se dĂ©tournent massivement des urnes.

Cette abstention record de la jeunesse renforce mĂ©caniquement la surreprĂ©sentation des seniors le jour du vote, incitant les gouvernements successifs Ă  choyer ces derniers encore davantage. Tant que cette boucle ne sera pas brisĂ©e par un vĂ©ritable choc dĂ©mocratique, la jeunesse continuera de payer les factures d’un système qui refuse de l’entendre33.

Sortir de l’impasse

Face Ă  un système verrouillĂ© qui sacrifie l’avenir des actifs sur l’autel de la rente, la seule issue est de provoquer un Ă©lectrochoc politique et fiscal. Il faut forcer la circulation du capital, rĂ©tablir l’Ă©quitĂ© de l’effort social et rééquilibrer d’urgence le pouvoir dĂ©mocratique. Les propositions ci-dessous sont des pistes Ă  explorer pour redresser le contrat social. Elles ne prĂ©tendent pas Ă  l’exhaustivitĂ©.

La revalorisation automatique des pensions sur l’inflation agit comme un bouclier qui sanctuarise le pouvoir d’achat des retraitĂ©s. C’est un privilège extrĂŞmement coĂ»teux dont sont privĂ©s les actifs, dont les salaires ne sont quant Ă  eux pas indexĂ©s sur l’inflation, et stagnent face Ă  la hausse des prix.

Cette dĂ©connexion crĂ©e une distorsion majeure : en pĂ©riode d’inflation, la population active s’appauvrit en temps rĂ©el pour maintenir intact le niveau de vie de la population retraitĂ©e. DĂ©sindexer les pensions, c’est rĂ©tablir une Ă©quitĂ© Ă©lĂ©mentaire face aux alĂ©as de l’Ă©conomie et cesser de faire peser le coĂ»t de la vie sur les seules Ă©paules de ceux qui produisent la richesse. Une alternative serait d’indexer la hausse des retraites sur la hausse des salaires.

Le système par répartition a été conçu pour garantir une vieillesse digne et prévenir la pauvreté, pas pour assurer un train de vie de luxe à une minorité de rentiers sur le dos des travailleurs.

Le fait que certaines pensions de retraite dĂ©passent aujourd’hui largement le salaire mĂ©dian des actifs est une aberration dĂ©mocratique et Ă©conomique. Instaurer un plafond, c’est rĂ©affirmer que la solidaritĂ© nationale a des limites : elle doit protĂ©ger contre le besoin, mais elle n’a pas vocation Ă  subventionner l’accumulation patrimoniale des aĂ®nĂ©s au dĂ©triment de l’Ă©mancipation des jeunes. Les marges budgĂ©taires dĂ©gagĂ©es pourraient ĂŞtre directement rĂ©injectĂ©es dans le financement de l’enseignement supĂ©rieur, de la recherche et de la transition Ă©cologique.

Aujourd’hui, les jeunes paient la protection sociale via les charges sur leurs salaires. Il faut baisser massivement les cotisations salariales, pour augmenter immĂ©diatement le salaire net des jeunes actifs, et compenser ce manque Ă  gagner par une hausse de l’imposition sur les revenus du patrimoine et les plus-values immobilières.

L’objectif est de transfĂ©rer le fardeau de la solidaritĂ© du travail vers le capital. Aujourd’hui, la richesse nationale ne se situe plus dans les fiches de paie, elle est figĂ©e dans l’accumulation patrimoniale. Le financement du modèle social doit donc s’adapter Ă  cette rĂ©alitĂ© macro-Ă©conomique par une hausse proportionnelle et ciblĂ©e de l’imposition sur les revenus du capital, les dividendes financiers et, surtout, les plus-values immobilières.

Le logement est devenu le premier vecteur de l’inĂ©galitĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle. L’accaparement du parc immobilier par une frange de la population, souvent dĂ©tentrice de trois, quatre biens ou plus, a transformĂ© un droit fondamental en un pur outil de rente financière.

Cette hyper-concentration de la multipropriĂ©tĂ© assèche structurellement le marchĂ©, maintient les prix d’achat Ă  des niveaux artificiellement inaccessibles et condamne la jeunesse Ă  subventionner le capital de ses aĂ®nĂ©s Ă  travers des loyers exorbitants. Pour libĂ©rer le marchĂ© de cette emprise, l’État doit instaurer une surtaxe exponentielle sur la multipropriĂ©tĂ©, qui s’applique au-delĂ  de la rĂ©sidence principale et d’une Ă©ventuelle rĂ©sidence secondaire. L’objectif de cette rĂ©forme est de forcer les multi-propriĂ©taires Ă  revendre une partie de leur parc immobilier pour recrĂ©er de l’offre dans un marchĂ© bloquĂ©.

Il faut cesser d’utiliser l’argent de l’État pour enrichir ceux qui possèdent dĂ©jĂ .

La suppression du dispositif Pinel en 2024 Ă©tait une première Ă©tape, mais l’essentiel de l’Ă©vasion fiscale immobilière demeure intact. Il faut urgemment supprimer les niches fiscales rĂ©gressives comme le très avantageux statut LMNP (Loueur en MeublĂ© Non Professionnel), qui permet aujourd’hui Ă  des multipropriĂ©taires d’encaisser des loyers pendant des annĂ©es (jusqu’Ă  10 ou 15 ans) sans payer le moindre impĂ´t sur le revenu. De mĂŞme, les dispositifs de dĂ©fiscalisation (comme la loi Denormandie, qui offre jusqu’Ă  21% de rĂ©duction d’impĂ´t Ă  ceux qui achètent un logement Ă  rĂ©nover dans certaines villes pour le mettre en location) doivent ĂŞtre abolis.

Affecter l’argent rĂ©cupĂ©rĂ© Ă  un plan d’urgence pour l’Ă©mancipation des primo-accĂ©dants

En basculant cette manne financière vers la crĂ©ation de PrĂŞts Ă  Taux ZĂ©ro (PTZ) dĂ©plafonnĂ©s, rĂ©servĂ©s aux moins de 35 ans pour l’achat de leur première rĂ©sidence principale, la puissance publique changerait radicalement de paradigme. L’État cesserait de jouer le rĂ´le de caution pour les rentiers pour redevenir le tremplin de la gĂ©nĂ©ration active.

Il faut surtaxer de façon dissuasive le patrimoine transmis de manière classique au moment du décès.

Aujourd’hui, l’allongement continu de l’espĂ©rance de vie a totalement grippĂ© la mĂ©canique de transmission des richesses. En France, l’âge moyen pour hĂ©riter frĂ´le dĂ©sormais les 60 ans. Sur le plan macroĂ©conomique, c’est une hĂ©rĂ©sie : le capital est transfĂ©rĂ© Ă  des individus dont la vie matĂ©rielle est dĂ©jĂ  faite, qui sont souvent eux-mĂŞmes dĂ©jĂ  propriĂ©taires et dont les besoins de consommation ou d’investissement sont en dĂ©clin. Ce patrimoine finit par s’entasser dans une Ă©pargne dormante, totalement inutile au dynamisme du pays. Il faut un choc fiscal pour forcer le capital Ă  redescendre vers la base de la pyramide, lĂ  oĂą il est vital.

En contrepartie, il faut défiscaliser les donations du vivant de la personne, à condition que le bénéficiaire ait moins de 30 ans.

L’objectif est clair : forcer le patrimoine Ă  « sauter » une gĂ©nĂ©ration. Il s’agit d’inciter financièrement les grands-parents Ă  transfĂ©rer massivement leur capital liquide ou immobilier vers leurs petits-enfants, afin d’irriguer financièrement ceux qui ont un besoin critique d’apport pour acheter leur premier logement, fonder une famille ou crĂ©er une entreprise.

Aujourd’hui, la solidaritĂ© nationale aspire le fruit du travail des jeunes actifs pour financer la rente des inactifs. La crĂ©ation d’une Contribution de SolidaritĂ© IntergĂ©nĂ©rationnelle (CSI) permettrait de rééquilibrer les choses.

Conçue sur le modèle d’une CSG majorĂ©e, cette taxe ciblerait exclusivement les pensions de retraite supĂ©rieures au salaire mĂ©dian. Il ne s’agit en aucun cas de pĂ©naliser les retraitĂ©s modestes, mais d’exiger un effort lĂ©gitime de la part de la frange la plus aisĂ©e d’une gĂ©nĂ©ration qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© des meilleures conditions d’accumulation patrimoniale de l’histoire. LĂ  aussi, l’affectation de cet impĂ´t doit ĂŞtre « flĂ©chĂ©e Â» de manière intouchable vers deux urgences vitales sacrifiĂ©es par les gouvernements successifs : la construction de logements Ă©tudiants et le financement de l’Enseignement supĂ©rieur.

La « journĂ©e de solidaritĂ© » (ou « contribution de solidaritĂ© autonomie Â») est un symbole de la servitude imposĂ©e aux actifs. Il faut mettre un terme Ă  ce travail gratuit intergĂ©nĂ©rationnel Ă  sens unique.

InstaurĂ©e en 2004 pour financer la prise en charge du grand âge, cette mesure oblige littĂ©ralement les salariĂ©s Ă  fournir une journĂ©e de travail strictement gratuite. Elle rapporte plus de 3,3 milliards d’euros par an Ă  l’État34. C’est une manne financière colossale ponctionnĂ©e exclusivement sur la valeur produite par la population active ce jour-lĂ . Bien que les retraitĂ©s imposables paient depuis 2013 une taxe Ă©quivalente (la CASA) sur leurs pensions, la nature de l’effort est fondamentalement diffĂ©rente. Un retraitĂ© subit une simple ligne comptable sur sa rente ; l’actif, lui, est contraint de sacrifier physiquement son temps libre (souvent le lundi de PentecĂ´te), son repos et l’Ă©quivalent de sa rĂ©munĂ©ration journalière.

Il s’agit du seul impĂ´t en France qui exige de la main-d’Ĺ“uvre gratuite. Exiger des jeunes travailleurs, qui subissent dĂ©jĂ  un niveau record de cotisations sociales et l’inflation du logement, qu’ils travaillent sans salaire pour subventionner la dĂ©pendance de la gĂ©nĂ©ration qui concentre 60% du patrimoine national est une aberration.

L’assurance-vie n’est plus une simple « assurance », c’est devenu le plus grand paradis fiscal successoral de France.

Avec près de 1 900 milliards d’euros d’encours aujourd’hui sur ces contrats (très majoritairement dĂ©tenus par les plus de 60 ans)35, il s’agit d’un trou noir macro-Ă©conomique qui aspire et fige la richesse nationale. Le scandale ne rĂ©side pas dans l’acte d’Ă©pargner, mais dans la niche fiscale dĂ©lirante qui l’accompagne : un abattement successoral de 152 500 euros par bĂ©nĂ©ficiaire, totalement net de droits de succession36. En clair, l’État subventionne et encourage lĂ©galement les aĂ®nĂ©s Ă  conserver et verrouiller leur capital jusqu’au dernier jour de leur vie, pour contourner l’impĂ´t sur l’hĂ©ritage. Cette mĂ©canique stĂ©rilise les capitaux et incite Ă  la rĂ©tention plutĂ´t qu’Ă  la transmission du vivant. Pendant que la jeunesse peine Ă  rĂ©unir 10 000 euros d’apport pour se loger, l’État organise la dĂ©fiscalisation de centaines de milliards d’euros d’Ă©pargne dormante.

La piste d’un dĂ©remboursement ciblĂ© des soins dits « de confort » permettrait de rĂ©aliser des Ă©conomies immĂ©diates.

Le système de santĂ© français subit une pression financière insoutenable, largement alimentĂ©e par la concentration des dĂ©penses sur les tranches d’âge les plus Ă©levĂ©es : selon la DREES, les plus de 65 ans concentrent aujourd’hui près de 45 % des dĂ©penses de santĂ© (soit environ 100 milliards d’euros), alors qu’ils ne reprĂ©sentent que 20 % de la population37. Dans ses rapports successifs sur l’application des lois de financement de la sĂ©curitĂ© sociale, la Cour des Comptes souligne l’urgence de rationaliser les actes Ă  « faible valeur ajoutĂ©e »38. Sont notamment concernĂ©es certaines sĂ©ances de kinĂ©sithĂ©rapie d’entretien sans pathologie aiguĂ«, les cures thermales (qui coĂ»tent environ 300 millions d’euros par an Ă  la collectivitĂ©) ou encore les mĂ©dicaments Ă  Service MĂ©dical Rendu (SMR) faible. Une rĂ©duction de seulement 3 % de ces prescriptions d’accompagnement dĂ©gagerait plus d’un milliard d’euros par an39, fonds qui pourraient ĂŞtre rĂ©affectĂ©s Ă  la mĂ©decine scolaire ou Ă  la santĂ© mentale des jeunes actifs, secteurs aujourd’hui en dĂ©shĂ©rence.

De la mĂŞme manière que la loi a imposĂ© la paritĂ© hommes-femmes en politique et dans les conseils d’administration, il faudrait imposer une « paritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle ».

L’histoire politique rĂ©cente a prouvĂ© que la simple incitation morale ne suffit jamais Ă  briser un monopole de pouvoir. Tout comme il a fallu imposer la paritĂ© hommes-femmes par la contrainte lĂ©gislative (et des sanctions financières) face Ă  des appareils politiques qui rechignaient Ă  investir des candidates, il est aujourd’hui vital d’imposer une « paritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle Â». Les partis traditionnels fonctionnent aujourd’hui comme des cercles fermĂ©s, oĂą la prime aux sortants, le poids des rĂ©seaux Ă©tablis et la cooptation verrouillent systĂ©matiquement l’accès aux postes Ă©ligibles pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Sans obligation lĂ©gale, la reprĂ©sentation des jeunes actifs restera Ă©ternellement confinĂ©e Ă  des rĂ´les de figuration sur des listes Ă©lectorales, laissant le pouvoir dĂ©cisionnel aux mains d’une classe politique vieillissante.

Faire évoluer le CESE (Conseil économique, social et environnemental) en une Chambre des générations futures.

Prisonniers de cycles Ă©lectoraux courts, les gouvernements successifs n’ont aucun intĂ©rĂŞt politique Ă  dĂ©fendre le temps long. Ils cèdent systĂ©matiquement Ă  la facilitĂ© en transfĂ©rant la facture de leur inaction climatique et de leurs dĂ©ficits budgĂ©taires sur des gĂ©nĂ©rations qui ne votent pas encore. Pour casser cette mĂ©canique mortifère du « après moi le dĂ©luge », nous pourrions transformer le Conseil Ă©conomique, social et environnemental (CESE) – aujourd’hui relĂ©guĂ© au rang de simple chambre consultative sans rĂ©el pouvoir – en une vĂ©ritable Chambre des GĂ©nĂ©rations Futures. IndĂ©pendante des pressions Ă©lectorales, composĂ©e de citoyens tirĂ©s au sort et d’experts scientifiques, cette nouvelle institution deviendrait la voix de ceux qui subiront demain les choix d’aujourd’hui.

La surreprĂ©sentation des aĂ®nĂ©s ne se limite pas aux urnes, elle sclĂ©rose le cĹ“ur mĂŞme de nos institutions. Le SĂ©nat et l’AssemblĂ©e nationale sont devenus des hĂ©micycles structurellement dĂ©connectĂ©s de la population active.

Il est illusoire de confier la transition Ă©cologique, la rĂ©gulation de l’intelligence artificielle ou la refonte de l’emploi prĂ©caire Ă  des dirigeants qui ont construit leur carrière dans l’Ă©conomie des Trente Glorieuses et qui ne seront plus lĂ  pour rendre des comptes. Fixer un âge limite strict (par exemple 65 ou 70 ans) pour se prĂ©senter Ă  un mandat national garantirait un renouvellement obligatoire de la classe politique. C’est l’assurance que les parlementaires qui votent les lois vivent, travaillent et Ă©voluent concrètement dans la sociĂ©tĂ© qu’ils sont en train de façonner.

Le principe du « un homme, une voix » fonctionne mal pour des sujets engageants sur un horizon de long terme.

Aujourd’hui, les dĂ©cisions cruciales concernant la dette ou le rĂ©chauffement climatique Ă  un horizon de quarante ans sont tranchĂ©es par un Ă©lectorat majoritaire dont l’espĂ©rance de vie ne va pas jusque lĂ  et est tentĂ© de penser « après moi le dĂ©luge Â». Instaurer sur ces sujets un vote pondĂ©rĂ© – oĂą le bulletin d’un citoyen de 20 ans pèserait plus lourd que celui d’un citoyen de 80 ans – permettrait de rĂ©aligner l’horizon temporel de l’État avec ceux qui en subiront les consĂ©quences rĂ©elles. Il ne s’agit pas de priver de droits, mais d’introduire une dose de proportionnalitĂ©, pour que le poids du vote dans une dĂ©cision politique corresponde mieux Ă  la durĂ©e d’exposition aux risques qu’elle engendre pour chacun.

Face au mur dĂ©mographique du « parti de l’âge Â», la jeunesse est mathĂ©matiquement noyĂ©e le jour du scrutin. Ouvrir le droit de vote dès 16 ans constitue une urgence arithmĂ©tique pour tenter de rééquilibrer le rapport de force.

Ă€ cet âge, les jeunes citoyens sont dĂ©jĂ  en première ligne et subissent de plein fouet les choix publics (rĂ©formes de l’Ă©ducation, dysfonctionnements de Parcoursup, inaction climatique) sans avoir la moindre voix au chapitre pour se dĂ©fendre. Injecter cette nouvelle classe d’âge dans les urnes forcera mĂ©caniquement les candidats Ă  rĂ©intĂ©grer les urgences de la jeunesse dans leurs programmes, brisant ainsi le monopole des promesses exclusivement calibrĂ©es pour rassurer les seniors.

Questions & rĂ©ponses

En 1960, le taux global de prĂ©lèvements obligatoires (impĂ´ts + cotisations) en France Ă©tait de 30,3%. Il a dĂ©passĂ© la barre des 45% aujourd’hui (l’un des records mondiaux de l’OCDE).

En 1980, le taux de cotisation pour l’assurance vieillesse (sous le plafond de la SĂ©curitĂ© sociale) Ă©tait de 12,9% contre plus de 17,75% en 2024. En 1980, l’assurance vieillesse ponctionnait moins de 13% du salaire ; aujourd’hui ce chiffre frĂ´le les 18%. Dans les annĂ©es 1960 et 1970, l’État providence et les retraites ne pesaient que 15% du PIB, contre 32% aujourd’hui.

La génération des Trente Glorieuses a pu accumuler son patrimoine sans subir la CSG.

Créée en 1991, la Contribution Sociale GĂ©nĂ©ralisĂ©e prĂ©levait Ă  l’origine 1,1% du salaire brut. Ce taux a Ă©tĂ© multipliĂ© par plus de 8 pour atteinte aujourd’hui 9,2% du salaire des jeunes travailleurs40. C’est une taxe massive inventĂ©e spĂ©cifiquement pour combler les dĂ©ficits abyssaux accumulĂ©s par la SĂ©curitĂ© sociale. Les actifs actuels perdent près d’un dixième de leur rĂ©munĂ©ration brute pour une taxe que leurs parents n’ont quasiment pas connue pendant leurs meilleures annĂ©es d’accumulation de patrimoine. Ă€ travail Ă©gal, l’État laisse donc aux jeunes actifs d’aujourd’hui un « reste Ă  vivre » net considĂ©rablement infĂ©rieur Ă  celui dont bĂ©nĂ©ficiaient leurs aĂ®nĂ©s au mĂŞme âge.

En analysant le taux de rĂ©cupĂ©ration du rĂ©gime de retraite par gĂ©nĂ©rations (c’est-Ă -dire le rapport entre les pensions perçues et le montant des contributions versĂ©es), l’économiste Maxime Sbaihi (qui s’appuie sur un rapport de France StratĂ©gie) constate que les retraitĂ©s nĂ©s en 1960 bĂ©nĂ©ficient bien d’un taux de rĂ©cupĂ©ration de 200%. En d’autres termes, un « baby-boomer » aura perçu un montant total de pensions deux fois supĂ©rieur Ă  la somme de ses cotisations Ă  l’issue de sa retraite.

Cette idĂ©e relève d’une mĂ©connaissance de notre système par rĂ©partition, qui revient Ă  considĂ©rer le système de retraite comme une banque oĂą les retraitĂ©s viendraient piocher ce qu’ils ont de mis de cĂ´tĂ© pendant leur carrière. Ce n’est pas le cas : les retraitĂ©s touchent l’argent prĂ©levĂ© sur le salaire des actifs d’aujourd’hui. Or la gĂ©nĂ©ration des boomers a cotisĂ© Ă  une Ă©poque oĂą la croissance Ă©tait forte et oĂą il y avait près de 4 actifs pour financer 1 retraitĂ©. Aujourd’hui, le ratio s’effondre vers 1,4 actif pour 1 retraitĂ©. L’effort demandĂ© aux travailleurs actuels est donc beaucoup plus intense, et tend vers l’insoutenable. Le pacte social ne peut pas rester dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ© dĂ©mographique.

C’est une rĂ©flexion saine de s’intĂ©resser au taux de pauvretĂ© des retraitĂ©s. Mais que disent les chiffres ?

Selon l’INSEE, le taux de pauvretĂ© des retraitĂ©s s’Ă©tablit Ă  11,1%. C’est tout simplement le taux le plus faible de toutes les catĂ©gories de la population. Ă€ l’inverse, la pauvretĂ© explose chez les jeunes : elle frappe 21,9% des moins de 18 ans, et flirte avec les 20% pour la tranche des 18-29 ans41. Les jeunes sont donc statistiquement deux fois plus exposĂ©s Ă  la pauvretĂ© que les retraitĂ©s.

Une fois que l’on prend en compte les revenus du patrimoine et le fait que les retraitĂ©s n’ont plus d’emprunts immobiliers sur le dos ni de loyers Ă  payer, le niveau de vie moyen des retraitĂ©s est supĂ©rieur de 6,5 % Ă  celui de l’ensemble de la population active42.

La France est l’un des très rares pays de l’OCDE oĂą les inactifs ont un niveau de vie globalement supĂ©rieur Ă  ceux qui travaillent. C’est une anomalie historique et mondiale. Continuer Ă  surtaxer une jeunesse qui s’appauvrit pour maintenir intactes des retraites supĂ©rieures au salaire mĂ©dian ne relève plus de la solidaritĂ© nationale, mais d’une redistribution Ă  l’envers. La vĂ©ritable urgence sociale ne se situe pas Ă  la fin de vie.

Selon les Ă©tudes sur le niveau de vie, les retraitĂ©s sont très nombreux dans le haut de la pyramide. Près de 23% des retraitĂ©s se situent dans les dĂ©ciles de revenus supĂ©rieurs (au-dessus du huitième dĂ©cile de la population totale)43, preuve que la retraite n’est plus seulement un filet de sĂ©curitĂ© anti-pauvretĂ©, mais a constituĂ© pour beaucoup une vĂ©ritable rente confortable.

Oui, les boomers riches aident leurs enfants. Mais qu’en est-il des enfants de parents modestes ? En remplaçant la solidaritĂ© nationale (des impĂ´ts justes et un accès Ă  la propriĂ©tĂ© possible par le seul fruit du travail) par la charitĂ© intrafamiliale, on recrĂ©e une sociĂ©tĂ© d’Ancien RĂ©gime. Le niveau de vie d’un jeune de 25 ans ne devrait pas dĂ©pendre de la capacitĂ© de ses parents ou grands-parents Ă  lui faire des chèques pour payer son loyer exorbitant, et sa capacitĂ© Ă  se loger ne devrait pas ĂŞtre tributaire d’une donation.

L’Observatoire des InĂ©galitĂ©s a dressĂ© le portrait-robot des mĂ©nages appartenant aux 10% les plus fortunĂ©s du pays : 70% de ces mĂ©nages ont plus de 50 ans, et la tranche d’âge la plus reprĂ©sentĂ©e est de loin celle des sexagĂ©naires44. Les jeunes de moins de 30 ans sont quasi inexistants dans le dĂ©cile supĂ©rieur du patrimoine.

Se focaliser exclusivement sur une poignĂ©e de milliardaires est une illusion d’optique qui arrange bien les affaires de la gĂ©rontocratie. Il ne s’agit Ă©videmment pas de nier l’existence des ultra-riches ni l’urgence de mieux taxer les grands capitaux. Mais l’existence des 0,1% d’ultra-riches ne suffit pas Ă  expliquer la crise systĂ©mique que traversent les finances publiques. Bernard Arnault ne possède pas tous les appartements qui manquent aux jeunes actifs dans les mĂ©tropoles, et les dividendes du CAC40 ne suffiraient pas Ă  financer les 330 milliards d’euros annuels du système de retraite. Le vĂ©ritable mur auquel se heurte la jeunesse n’est pas seulement celui de la haute bourgeoisie, c’est celui d’une « classe moyenne patrimoniale » vieillissante qui a accumulĂ© la majoritĂ© des logements et capte l’essentiel de la dĂ©pense publique.

Le clivage financier ne se joue plus seulement au niveau de la fiche de paie, mais aussi et surtout sur les actes de propriĂ©tĂ©. Aujourd’hui un jeune cadre supĂ©rieur, gagnant très bien sa vie mais condamnĂ© Ă  louer cher Ă  Paris ou Lyon, est souvent structurellement plus fragile et moins dotĂ© en capital net qu’un retraitĂ© aux revenus modestes, mais qui a fini de payer sa maison acquise Ă  bas prix dans les annĂ©es 80.

Selon les donnĂ©es de l’INSEE, le patrimoine net mĂ©dian d’un mĂ©nage dont la personne de rĂ©fĂ©rence a moins de 30 ans s’Ă©lève Ă  peine Ă  16 400 €. Ă€ l’inverse, le patrimoine net mĂ©dian de la tranche des 60-69 ans atteint 213 300 €. Le rapport de richesse entre un jeune qui entre sur le marchĂ© et un jeune retraitĂ© est donc de 1 Ă  13. C’est un gouffre gĂ©nĂ©rationnel bien plus vaste que les simples Ă©carts de salaires. Le combat oppose dĂ©sormais ceux qui tirent leurs revenus d’un travail lourdement taxĂ© Ă  ceux qui tirent leur niveau de vie d’une rente immobilière et d’un système social sanctuarisĂ©.

Le clichĂ© d’une jeunesse paresseuse et allergique Ă  l’effort est une insulte Ă  la rĂ©alitĂ© Ă©conomique.

Les jeunes n’ont pas cessĂ© de vouloir travailler ; ils refusent simplement de s’Ă©puiser pour un système oĂą le travail ne paie plus. Pour la gĂ©nĂ©ration des Trente Glorieuses, le contrat social Ă©tait clair : un emploi stable (souvent obtenu sans diplĂ´me supĂ©rieur) garantissait l’accès rapide Ă  la propriĂ©tĂ©, Ă  la fondation d’une famille et Ă  une Ă©pargne solide. Aujourd’hui, ce contrat « effort-rĂ©compense » est brisĂ©.

En 1970, il fallait environ 3 Ă  4 annĂ©es de salaire moyen pour acheter un logement familial. Aujourd’hui, dans les grandes mĂ©tropoles, il en faut plus de 10 voire 15.

Les jeunes actifs entrent sur le marchĂ© Ă  travers un sas de prĂ©caritĂ© structurel (stages, CDD, intĂ©rim) que leurs aĂ®nĂ©s n’ont jamais connu. On exige d’eux d’ĂŞtre surdiplĂ´mĂ©s, hyper-flexibles et bilingues pour dĂ©crocher des postes dont la rĂ©munĂ©ration, rongĂ©e par l’inflation, ne permet mĂŞme plus de se loger dignement dans les grands bassins d’emploi. Ce que les aĂ®nĂ©s qualifient de « manque de motivation » n’est en fait que la rĂ©action rationnelle d’une gĂ©nĂ©ration face Ă  un marchĂ© du travail devenu une machine Ă  prĂ©cariser.

L’autre face de ce discours culpabilisateur consiste Ă  accuser les jeunes de dilapider leur argent dans des futilitĂ©s (smartphones, livraisons de repas, loisirs), les rendant prĂ©tendument responsables de leur incapacitĂ© Ă  Ă©pargner ou Ă  acheter un logement. Cette fable relève de l’analphabĂ©tisme mathĂ©matique.

En rĂ©alitĂ©, si la jeunesse ne peut plus Ă©pargner, c’est parce que la part des dĂ©penses dites « incompressibles Â» ou « prĂ©-engagĂ©es Â» (loyer, Ă©nergie, assurances, abonnements de base, c’est-Ă -dire l’argent qui disparaĂ®t obligatoirement du compte en banque avant mĂŞme de pouvoir choisir de consommer) a totalement explosĂ© dans le budget des mĂ©nages depuis les annĂ©es 1970. L’INSEE a mesurĂ© le poids de ces dĂ©penses prĂ©-engagĂ©es : dans les annĂ©es 1960, elles reprĂ©sentaient environ 12% du revenu disponible. Aujourd’hui, elles dĂ©passent 30% en moyenne, et atteignent des sommets (souvent plus de 40%) pour les jeunes mĂ©nages locataires et les mĂ©nages modestes. Le « reste Ă  vivre » a fondu.

Quand le loyer engloutit le tiers voire la moitiĂ© d’un salaire, la capacitĂ© d’Ă©pargne est mathĂ©matiquement dĂ©truite dès le premier jour du mois. Supprimer un abonnement Netflix Ă  15 € ou un cafĂ© Ă  5 € ne compensera jamais l’augmentation de 200 000 € du prix d’un appartement standard en l’espace de vingt ans. Le problème des jeunes n’est pas leur gestion du superflu, c’est l’inflation dĂ©lirante de l’essentiel.

L’âgisme consiste Ă  stigmatiser ou discriminer des individus sur la base de prĂ©jugĂ©s irrationnels liĂ©s Ă  leur âge. Or, notre dĂ©marche n’a rien d’un procès moral : c’est un constat factuel de la rĂ©partition de la richesse nationale. DĂ©montrer, chiffres Ă  l’appui, qu’une cohorte dĂ©mographique capte aujourd’hui l’Ă©crasante majoritĂ© du patrimoine privĂ© et des ressources publiques au dĂ©triment des gĂ©nĂ©rations suivantes n’est pas une attaque personnelle, c’est un sujet politique qui doit ĂŞtre mis sur la table.

Selon France StratĂ©gie, la dĂ©pense publique consacrĂ©e Ă  la vieillesse (retraites, santĂ©, dĂ©pendance) reprĂ©sente plus de 14,5% du PIB, tandis que la dĂ©pense consacrĂ©e Ă  la jeunesse (Ă©ducation, enseignement supĂ©rieur, aides Ă  l’insertion et au logement) stagne autour de 6% du PIB45. La dĂ©pense publique est donc orientĂ©e du simple au double, voire au triple, vers le maintien du niveau de vie des aĂ®nĂ©s plutĂ´t que vers l’investissement dans l’avenir. Cette situation dĂ©sĂ©quilibre fondamentalement le pacte social. Exiger de la jeunesse qu’elle finance sa propre exclusion dans le silence, au nom d’une prĂ©tendue « cohĂ©sion sociale », relève de l’hypocrisie. RĂ©tablir la vĂ©ritĂ© des chiffres et exiger un rééquilibrage de l’effort national, ce n’est pas diviser le pays.

La vĂ©ritable violence intergĂ©nĂ©rationnelle est silencieuse et lĂ©gale. Elle consiste Ă  faire voter, par un Ă©lectorat majoritairement âgĂ©, des budgets en dĂ©ficit record que seuls les jeunes actifs devront rembourser. Elle consiste Ă  laisser flamber les prix de l’immobilier pour protĂ©ger une rente, tout en prĂ©carisant les contrats de travail de ceux qui entrent sur le marchĂ©.

Depuis 1974 (l’entrĂ©e dans la vie active du cĹ“ur des boomers), l’État français n’a plus jamais votĂ© un seul budget Ă  l’Ă©quilibre. Le confort des 30 et 40 Glorieuses a Ă©tĂ© financĂ© par une dette publique passĂ©e de 20% du PIB en 1980 Ă  plus de 110% aujourd’hui. Les infrastructures ont Ă©tĂ© achetĂ©es Ă  crĂ©dit, et c’est la gĂ©nĂ©ration actuelle qui doit rembourser le capital, les intĂ©rĂŞts, et financer l’entretien de rĂ©seaux vieillissants (comme on le voit avec la crise du rail notamment), tout en Ă©pongeant la dette Ă©cologique.

Bien au contraire : l’argent des boomers va plus dans l’Ă©pargne que celui des actifs.

Les Ă©conomistes savent que la « propension marginale Ă  consommer » est beaucoup plus forte chez les jeunes46. Si l’État prend 1 000 € Ă  un jeune actif, il se prive d’un achat d’Ă©quipement, de travaux ou de biens essentiels de première nĂ©cessitĂ©. Si au contraire il les lui laisse, ils sont immĂ©diatement rĂ©injectĂ©s dans l’Ă©conomie rĂ©elle.

Ă€ l’inverse, l’essentiel du surplus de revenus des seniors aisĂ©s part dans une Ă©pargne dormante (des assurances-vie) ou dans l’inflation immobilière47. Le stock des placements financiers en assurance-vie et en Ă©pargne retraite en France dĂ©passe les 2 107 milliards d’euros Ă  fin dĂ©cembre 202548. Selon la Banque de France, ce patrimoine est massivement dĂ©tenu par les plus de 60 ans. Rendre l’argent aux jeunes, c’est le meilleur plan de relance possible pour l’Ă©conomie française.

Ceux qui ont achetĂ© dans les mĂ©tropoles quand c’Ă©tait abordable font mine de s’Ă©tonner que les jeunes n’acceptent pas de vivre Ă  80 km de leur travail.

Depuis les annĂ©es 1990, l’Ă©conomie française s’est très fortement tertiarisĂ©e et mĂ©tropolisĂ©e : l’Ă©crasante majoritĂ© des crĂ©ations d’emplois (surtout pour les jeunes diplĂ´mĂ©s) se concentre dans une dizaine de grandes aires urbaines. Dire aux jeunes d’aller acheter une maison pas chère dans la diagonale du vide, c’est les condamner au chĂ´mage ou Ă  passer trois heures par jour dans leur voiture. La gĂ©nĂ©ration des Trente Glorieuses a pu acheter une maison familiale Ă  proximitĂ© immĂ©diate de son bassin d’emploi. Exiger des jeunes qu’ils choisissent entre avoir un travail (et louer cher) ou avoir une maison (et pointer au chĂ´mage) est la preuve de la faillite du système.

L’argument selon lequel les manifestations pour la dĂ©fense des retraites actuelles sauveraient le modèle pour les jeunes est une imposture intellectuelle, qui repose sur une mĂ©connaissance totale du système par rĂ©partition. Dans notre modèle, il n’y a pas de « cagnotte Â» ni de compte Ă©pargne intemporel : l’argent versĂ© aujourd’hui aux retraitĂ©s est immĂ©diatement prĂ©levĂ© sur la fiche de paie des travailleurs de ce mĂŞme mois.

Par consĂ©quent, lorsqu’une gĂ©nĂ©ration majoritaire refuse toute modĂ©ration de ses pensions ou toute adaptation de l’âge de dĂ©part, elle ne « sauve Â» aucune caisse pour l’avenir : elle exige simplement, ici et maintenant, que la population active actuelle soit davantage taxĂ©e ou endettĂ©e pour financer son propre niveau de vie.

DĂ©fendre Ă  l’identique un système pensĂ© dans les annĂ©es 1960 est mathĂ©matiquement intenable. Ă€ l’Ă©poque, le plein-emploi et la dĂ©mographie permettaient Ă  quatre travailleurs de financer un seul retraitĂ©. Aujourd’hui, avec un ratio tombĂ© Ă  1,7 actif par retraitĂ© (et qui se dirige vers 1,4 selon le COR), maintenir les mĂŞmes promesses de rentes exige d’Ă©craser la jeunesse sous les cotisations sociales et sous la dette publique.

Ce que les aĂ®nĂ©s appellent une « lutte sociale Â» s’apparente en rĂ©alitĂ© Ă  la dĂ©fense d’un rendement financier asymĂ©trique : la gĂ©nĂ©ration des Trente Glorieuses aura retirĂ© du système de protection sociale bien plus d’argent qu’elle n’y a contribuĂ©, condamnant mĂ©caniquement les gĂ©nĂ©rations suivantes Ă  cotiser plus longtemps, pour payer plus cher, et obtenir une pension finale infiniment plus faible. DĂ©fendre les retraites d’aujourd’hui en refusant d’en baisser le coĂ»t, c’est tout simplement organiser la faillite de celles de demain.

En raison de l’allongement continu de l’espĂ©rance de vie, l’âge moyen auquel un individu hĂ©rite en France approche dĂ©sormais les 60 ans. En clair, le patrimoine circule beaucoup trop tard dans le cycle Ă©conomique : il est transmis Ă  des enfants qui sont eux-mĂŞmes Ă  l’aube de la retraite. Ce capital passe donc totalement au-dessus de la tĂŞte des 25-35 ans, ignorant la tranche d’âge qui a pourtant le besoin le plus vital d’un apport financier pour s’installer, se loger ou entreprendre.

Jusqu’en 1983, les salaires Ă©taient en effet indexĂ©s sur l’inflation. Quand cette dernière Ă©tait de 12 %, les salaires augmentaient mĂ©caniquement d’autant, ce qui la rendait indolore.

Mais surtout, cette inflation a « effacé » le poids des crédits immobiliers contractés par les boomers à taux fixe. Un emprunteur signait ainsi un crédit à taux fixe pour acheter sa maison. Chaque année, son salaire augmentait de 10 à 13% pour suivre les prix, mais sa mensualité de crédit, elle, ne bougeait pas ! Ainsi, au bout de 4 ou 5 ans, le poids du crédit dans son budget fondait de moitié : sa dette fondait toute seule, pendant que son salaire grimpait.

Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : l’inflation (alimentaire, Ă©nergĂ©tique) explose, mais les salaires ne suivent plus. RĂ©sultat, la crise des annĂ©es 80 a permis aux boomers de payer leurs maisons plus vite ; la crise d’aujourd’hui empĂŞche simplement les jeunes de se nourrir et de se loger.

Notes et références

  1. INSEE, Trente ans de vie économique et sociale, 28 janvier 2014 ↩︎
  2. INSEE, Évolution et structure de la population ↩︎
  3. INSEE, Taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT), 4 mai 2018 ↩︎
  4. INSEE, Évolution du produit intérieur brut et de ses composantes, 28 mai 2025. ↩︎
  5. INSEE, Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage augmente de 0,2 point et atteint 8,3%, 7 août 2026 ↩︎
  6. INSEE, Statuts d’emploi, 2 juillet 2026 ↩︎
  7. DARES, CDD, CDI : comment évoluent les embauches et les ruptures depuis 25 ans ?, 21 juin 2018 ↩︎
  8. DARES indicateurs, Les embauches diminuent légèrement au 4e trimestre 2023, avril 2024 ↩︎
  9. INSEE sĂ©ries chronologiques, Évolution du pouvoir d’achat du salaire net annuel moyen des postes Ă  temps complet dans le secteur privĂ©, dĂ©cembre 2025 ↩︎
  10. INSEE, Évolution du pouvoir d’achat du salaire net annuel moyen des postes Ă  temps complet dans le secteur privĂ©, 18 dĂ©cembre 2025 ↩︎
  11. INSEE, Économie et statistique n°410, 2007 ↩︎
  12. CGEDD / IGEDD, SĂ©ries longues sur les prix de l’immobilier ↩︎
  13. IGED, Tunnel de Friggit et courbe de Friggit : qu’est-ce ?, 1er août 2025 ↩︎
  14. INSEE Première, Prix des logements anciens, 27 mai 2010 ↩︎
  15. IDEAS, L’Échelle mobile des salaires : une histoire hors-la-loi ? (1950-1984), mars 2026 ↩︎
  16. INED, L’espĂ©rance de vie en France, juillet 2020 ↩︎
  17. Conseil d’orientation des retraites, Rapport annuel du COR septembre 2022 – Évolutions et perspectives des retraites en France, 15 septembre 2022 ↩︎
  18. DREES, Les retraités et les retraites, édition 2023 ↩︎
  19. Capital, Retraite : Emmanuel Macron promet finalement de revaloriser les pensions sur l’inflation, juin 2024 ↩︎
  20. OFCE, Conséquences budgétaires de la réforme des retraites de 2023 ↩︎
  21. Ministère du budget, Dépenses par ministère, 2026 ↩︎
  22. Ministère de l’Ă©conomie, 5 minutes pour comprendre la dette publique ↩︎
  23. INSEE, 700 000 seniors en perte d’autonomie supplémentaires d’ici 2050, 22 octobre 2025 ↩︎
  24. Cour des comptes, Démographie et dépenses publiques, décembre 2025 ↩︎
  25. DREES, Dans les établissements de santé en 2024, la baisse du nombre de lits ralentit et les alternatives à l’hospitalisation complète poursuivent leur progression, 13 novembre 2025 ↩︎
  26. INSEE, Paris et l’ouest parisien : des territoires quasiment inaccessibles à l’achat pour la majorité des locataires franciliens, janvier 2020 ↩︎
  27. INSEE Première N° 1863, Les ménages multipropriétaires, novembre 2021 ↩︎
  28. Centre d’Observation de la SociĂ©tĂ©, Comment la hausse des loyers enrichit les propriĂ©taires bailleurs, janvier 2020 ↩︎
  29. Observatoire des inégalités, Les ménages modestes écrasés par le poids des dépenses de logement, décembre 2017 ↩︎
  30. COMPAS, Comment la hausse des loyers enrichit les propriétaires bailleurs, janvier 2020 ↩︎
  31. Hémisphère Gauche / Fondation Jean-Jaurès, Face à la « grande transmission », l’impôt sur les grandes successions, novembre 2024 ↩︎
  32. Conseil d’analyse Ă©conomique, Repenser l’hĂ©ritage, dĂ©cembre 2021 ↩︎
  33. Lire les Ă©tudes de l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’Ă©ducation populaire) et les travaux de sociologues comme Anne Muxel (Directrice de recherche au CNRS). Ils thĂ©orisent le « moratoire Ă©lectoral » et dĂ©montrent que l’abstention des jeunes n’est plus de l’apathie, mais un acte de rejet face Ă  un système politique perçu comme sourd Ă  leurs intĂ©rĂŞts matĂ©riels (logement, emploi, Ă©cologie) au profit de la gestion des aĂ®nĂ©s. Rapport sur l’Engagement et participation dĂ©mocratique des jeunes, INJEP, sur Vie Publique ↩︎
  34. CNSA, Journée de solidarité 2025 : un engagement collectif renouvelé pour l’autonomie, juin 2025 ↩︎
  35. France Assureurs, L’assurance vie en 2025 : une collecte solide au service de l’économie française, janvier 2026 ↩︎
  36. Impots.gouv.fr, Comment sont imposées les assurances-vie en cas de décès du bénéficiaire ?, mars 2016 ↩︎
  37. DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) : Les statistiques annuelles montrent que la dĂ©pense de santĂ© par habitant bondit après 65 ans, passant de 2 800 € en moyenne Ă  plus de 6 500 € pour les plus de 80 ans. drees.solidarites-sante.gouv.fr – Les dĂ©penses de santĂ© par âge ↩︎
  38. Cour des Comptes : Rapport 2023/2024 sur la SĂ©curitĂ© Sociale, chapitre « La pertinence des soins ». La Cour y dĂ©plore le maintien de remboursements pour des soins dont l’efficacitĂ© thĂ©rapeutique est jugĂ©e insuffisante ou dont le bĂ©nĂ©fice est purement liĂ© au bien-ĂŞtre. Cour des comptes.fr – Rapport SĂ©curitĂ© Sociale 2024 ↩︎
  39. Assurance Maladie (Ameli) : Les chiffres sur le thermalisme et les transports sanitaires (souvent liĂ©s au confort de dĂ©placement des seniors) montrent une dĂ©rive des coĂ»ts atteignant des sommets historiques (plus de 6 milliards d’euros pour les transports). Ameli.fr – Chiffres clĂ©s et rapports charges et produits ↩︎
  40. OFCE, Big bang sur la feuille de paie, février 2026 ↩︎
  41. INSEE, L’essentiel sur… la pauvretĂ©, juillet 2025 ↩︎
  42. Vie Publique, Quel est le niveau de vie des retraités en France ?, février 2026 ↩︎
  43. DREES, Le niveau de vie des retraités, 2025 ↩︎
  44. Observatoire des Inégalités, Qui sont les riches en France ?, juin 2024. ↩︎
  45. France Stratégie, Politiques publiques en faveur de la mobilité sociale des jeunes, octobre 2023 ↩︎
  46. Le Conseil d’Analyse Économique (CAE) a mesurĂ© la rĂ©action des Français face Ă  un surplus d’argent inattendu. Pour les mĂ©nages financièrement contraints (statistiquement les jeunes actifs et les familles), la propension marginale Ă  consommer atteint près de 40% dans les jours qui suivent le versement, et frĂ´le les 100 % Ă  moyen terme. Ă€ l’inverse, pour les dĂ©ciles supĂ©rieurs et plus âgĂ©s, un surplus de revenu est Ă©pargnĂ© Ă  presque 100%. Conseil d’analyse Ă©conomique, Consommation, Ă©pargne et fragilitĂ©s financières pendant la crise Covid, janvier 2021 ↩︎
  47. INSEE, Consommation et épargne par catégories de ménages en 2022, novembre 2024 ↩︎
  48. France Assureurs, L’assurance vie en 2025 : une collecte solide au service de l’économie française, janvier 2026 ↩︎